Voici le texte de 4ème de couverture.
" Cela fait des siècles que je n’ai pas vu la lumière du soleil, que mon passé s’est effacé et que je ne connais que les tourments de ma malédiction.
Pourquoi ai-je fait venir ce jeune historien en mon château en Valachie ? Pour retrouver la mémoire de mes origines ? La vérité est tellement plus cruelle. Elle a pour nom Mina et je ne puis faire autrement que de la rejoindre à Londres, pour ne plus la quitter alors que c’est impossible... "
Et le début pour " humer " l'ambiance...
" PARTIE I : Le passé ressuscité blesse mon cœur d’un espoir insensé.
Dans un château de Transylvanie
Un certain soir de 1898
Je n’ai pas dit un mot depuis des heures. Ni bougé un cil. Un observateur extérieur pourrait même croire que j’ai cessé de respirer depuis… depuis que mon visiteur du soir s’est effondré, là, sur le dallage noir de ma salle de réception, depuis que j’ai repris place dans mon antique fauteuil à haut dossier, et que je me suis mis à fixer cet âtre mort aux cendres froides. D’ailleurs, cela fait combien d’années que cette cheminée n’a pas flambé ? Douze très précisément. Ma damnation a sans nul doute altéré ma perception du temps qui passe, mais je sais que mon dernier hôte humain, avant celui qui gît derrière moi, a séjourné ici jusqu’au jour de Noël. Ce devait donc être 1876. Je ne lui voulais pourtant aucun mal à ce jeune aristocrate voyageur, jusqu’à ce qu’il évoque cette commémoration insupportable de la naissance du fils de… de ce Père que j’ai renié, il y a si longtemps que je ne sais plus quand ni pourquoi ni comment.
Je m’efforce d’évaluer le nombre de minutes, ou peut-être d’heures, qui se sont écoulées après que j’aie cédé à cette affreuse et douloureuse tentation du prédateur assoiffé de sang. L’aube approche ; bien que toutes les portes soient fermées et que la moindre ouverture ou fenêtre soit obturée, je n’ai pas besoin d’une horloge pour le savoir. Le brûlant rayonnement de l’astre solaire parvient, à s’insinuer jusqu’au plus profond de mon antre. Mon seul havre de paix diurne est ma crypte que je regagnerai sous peu, une fois encore, avec encore et toujours cette lancinante oppression au creux du ventre. Cette nuit pourtant, s’ajoute un écœurement inhabituel, dont même une régurgitation ne saurait me délivrer. Je prends une profonde inspiration. Tout mon corps tressaille de dégoût. Au moins, je viens d’apprendre une chose, qui malheureusement pourrait se perdre comme le reste dans un abîme d’oubli : mordre un prêtre n’est jamais une bonne idée pour un vampire.
Car oui, l’homme qui a ce soir franchi le seuil de ma demeure d’éternité, n’était pas un aristocrate raffiné et cultivé. C’était un modeste évangéliste, venu me porter la « bonne parole ». Je l’ai accueilli avec amabilité. Et je lui ai offert de quoi se restaurer, ce qu’il a refusé. Même une simple collation : « Non merci, mon fils. Sans façon. Je suis juste venu me présenter à vous, car je vais sans doute m’installer quelque temps dans votre si… comment dire ?, étonnant et mystérieux pays. Mais rassurez-vous, mon fils, nous nous reverrons sûrement, ici ou peut-être au village... » Il a esquissé un drôle de sourire, que j’aurais pu interpréter ironique ou provocateur. Puis il a ajouté d’un air soucieux : « En notre église, que nombre de pères avant moi ont abandonnée pour quelque énigmatique raison. Mais je compte bien remédier à cela. »
Ce fut à mon tour d’étirer un sourire de mes lèvres pâles. Je me suis empressé de l’orienter sur un autre sujet :
« Et vous mon... Je ne crois pas avoir retenu votre nom ?
− Oztropovitch. Anton Ostropovitch. Je suis d’origine polonaise.
− Comment avez-vous eu l’idée de venir frapper à ma porte ? Cela n’est pas fréquent. Il est vrai que mon château peut apparaître un peu austère… surtout au crépuscule.
− On m’a assuré au village qu’on ne m’ouvrirait pas avant le coucher du soleil. Puis l’on m’a dissuadé, avec des tremblements dans la voix, de m’aventurer jusqu’ici, sous aucun prétexte. (Il a émis un petit rire, assurément moqueur cette fois, puis esquissé une explication :) Les superstitions sont tenaces chez les gens qui vivent si loin de la civilisation. Mais Dieu n’abandonne aucune de ses brebis… »
Cette évocation a soudain fait monter en moi une puissante colère.
« ...Oui, même celle que l’on croit perdue au plus profond du gouffre du désespoir. Dieu vient à chacun qui l’appelle et même ceux qui ne croient plus en lui. Ils ne savent ni le jour ni l’heure, mais Il viendra, Il vient à eux comme un…
Le malheureux prédicateur n’a pas pu finir sa phrase. À ma rage avait succédé la soif de le faire taire. Je lui ai sauté sur le dos pour, avec une précision chirurgicale, lui planter mes canines dans la jugulaire. Et tandis qu’en moi se répandait une chaleur qui aurait dû être apaisante, j’ai éprouvé ce pressentiment inhabituel que je commettais là une erreur, à tout le moins une imprudence. Maintenant je sais laquelle.
Il est temps que je me lève pour aller me coucher. Je ramène contre moi les pans de ma longue robe d’intérieur en drap cramoisi, doublée de soie noire. Je m’immobilise quelques instants pour contempler le corps du prêtre qui se contorsionne mollement sur le dallage en pierre sombre, telle une grosse larve noire à tête pâle de piaf déplumée. Il tourne celle-ci pour me considérer puis, comme une supplique, s’enquérir :
− Que m’est-il arrivé ?
− Vous venez de changer de maître. Je vous conseille de me suivre, car sous peu l’activité de mes serviteurs pourrait vous causer quelques vilaines brûlures.
À cet instant, une pensée me traverse la conscience − j’évite en général l’emploi du mot esprit, car il est trop proche de l’âme qui, me concernant, soit n’est plus, soit est immergée dans un chaudron de braises. Cette pensée donc… Le malaise inaccoutumé que j’éprouve n’est pas seulement causé par le sang vicié de ce visiteur du soir un peu trop sûr de lui. Il y a autre chose… Peut-être ce qu’il a déclaré, juste avant que je ne le fasse taire ? Il a évoqué le gouffre du désespoir. Très bien, mais ce n’est pas une révélation. Par contre, cela m’inspire une question : « Depuis quand et pourquoi y ai-je sombré ? » Ce gouffre est aussi celui de l’oubli, et nulle lumière ne saurait être assez puissante pour en atteindre le fond. Dans cet abîme de ténèbres, j’erre sans passé ni avenir, dans un présent qui n’est que tourments et nausées.
Je m’engage dans le couloir étroit qui mène à ce qui fut, à l’époque médiévale, un lieu de culte chrétien. J’ai fait remplacer l’autel par un monumental sarcophage de marbre noir, dont le couvercle est surmonté d’une sculpture d’onyx représentant un dragon aux ailes écartées. Les minuscules ouvertures en ogive, qui autrefois distribuaient la lumière du jour dans cette salle, ont été murées et tous les symboles religieux retirés ou martelés. À mon approche, la trappe d’accès sur le flanc du monument pivote. Courbant la nuque pour m’enfoncer dans l’obscurité de mon abri diurne, je conclus : « Voici une question qui mérite d’être creusée ».
Une belle critique estivale pour être un peu plus mordu...
J'étais Dracula le maudit
Mon avis
Dracula
fait partie des lectures qui m'ont le plus marquée quand j'étais ado et
j'avais beaucoup aimé son adaptation en film par Coppola.
J'ai donc été très contente de me replonger dans cet univers et d'en
retrouver tous les personnages dans cette version proposée par Arthur
Ténor. Dracula sera ici le narrateur pour nous offrir son propre
point de vue, ce qui donne une autre dimension à l'histoire originale,
tout en s'en détachant.
Car c'est aussi une version différente dans laquelle l'auteur
s'intéresse à chercher si une part d'humanité a pu subsister chez
Dracula, en particulier vis à vis de la troublante Mina, ou s'il est bel
et bien une créature maudite... Peut-il encore ressentir des émotions,
dont l'amour, qu'il pensait ne plus jamais connaître après la mort
tragique de sa femme il y a plusieurs siècles, ou n'est-il qu'un monstre
froid et insensible, tel qu'on se représente les vampires ?
Une réécriture romantique originale et réussie du classique de Bram Stoker !
"Je me suis damné pour l'amour d'une femme. Et voici que pour l'amour d'une autre je devrais sauver mon âme, alors qu'elle ne m'appartient plus ? "
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